Violences: une insurrection prévisible qui appelle des ruptures
Pour le huitième nuit consécutive, la violence a gagné les banlieues de la région parisienne et de la France. Devant ces violences, dont les dégats touchent non seulement des populations modestes et humbles mais aussi des lieux publics, le MRAP tient à manifester sa compassion devant l'angoisse et le consternation des victimes de ces violences.
Si comprendre n'est pas excuser, il reste que ces violences s'apparentent à une insurrection prévisible des banlieues qui prolonge un trop plein d'apartheid social, ethnique, terriitorial, ainsi qu'un renoncement à répondre à la fracture sociale qui s'est prolongée par une fracture ethnique.
De plus, l'ampleur et la nature des violences d'une partie d'une jeunesse contre la police est à mettre au crédit du divorce et des tensions manifestes entre la police et cette population victime quotidiennement, par les forces de l'ordre, de brimades, d'humiliations, de bavures et de harcellements discriminatoires.
Pour le MRAP, ces actes sont révélateurs des limites des politiques publiques en matière de politique de la ville qui, trop souvent, ont été orientées à l'instauration d'un bâti plutôt que de restaurer la vie et le quotidien de ces personnes blessées dans leurs droits et leur dignité, en proie à des inégalités croissantes de territoire et de droits. C'est pourquoi une rupture radicale avec ces politiques, tant dans les pratiques que dans les logiques de répartition des moyens quantitatifs et qualitatifs mis à disposition de ces quartiers s'impose.
Devant cette réalité, la justice doit être rendue et toute la vérité connue rapidement non seulement sur les circonstances de la mort de deux adolescents dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois la semaine dernière, mais aussi sur les responsabilités du jet de granade dans la mosquée de Clichy par les policiers.
Si le MRAP pense qu'il faut s'attaquer aux causes de cette désespérance sociale, économique et politique, il estime comme élément cardinal la mobilisation contreles discriminations racistes souvent impunies dont sont victimes les populations de ces quatiers. Ceci suppose que la société française et la République s'approprient ce défi d'avenir qu'est la question de savoir ce qu'est être français dans ces quartiers en proie aux relégations et aux discriminations quotidiennes. Il y a également urgence à modifier des pratiques et des logiques qui prévalent à l'endroit des soutiens aux associations de quartiers et de terrain afin de renforcer le lien social, ainsi que la mise en oeuvre d'une politique qui s'adapte et répond aux demandes et aux attentes de ces zones de détresse humaine et sociale.
Le MRAP en appelle enfin à la mobilisation de toutes et de tous contre toute exploitation reaciste de ces drames et de ces souffrances que ces violences génèrent.
Paris le 04/11/2005
Last modified 2006-07-05 05:40 PM


